En 2010, l'Afrique sera le théâtre de deux événements majeurs. L'un, sans précédent : pour la première fois, la Coupe du monde de football, qui se déroulera du 11 juin au 11 juillet en Afrique du Sud, sera disputée sur son sol. L'autre, hélas, récurrent : comme tous les ans, le continent africain sera, et de très loin, le plus touché par le paludisme.
Un télescopage dont les principaux partenaires de la lutte contre le paludisme ont décidé de tirer parti, en donnant le coup d'envoi à une vaste campagne de sensibilisation contre cette maladie transmise par les moustiques, qui affecte, chaque année, 300 millions de personnes et en tue près de 900 000, principalement des enfants.
Lancée par diverses organisations - parmi lesquelles Roll Back Malaria (RBM), la Fondation Bill & Melinda Gates, les ONG Voices Mali et Malaria No More -, la campagne "Unis contre le paludisme" a pour objet de mobiliser les passionnés de football autour d'un objectif simple : l'accès généralisé aux moustiquaires et aux médicaments antipaludéens.
"Maladie meurtrière"
Présentée à Paris, jeudi 11 février, elle a reçu un appui de poids en la personne de Roger Milla, célèbre ancien joueur camerounais. "Le paludisme tue près de 2 500 personnes par jour, ce qui représente le décès de 180 personnes pendant la durée d'un match de football", a calculé l'ancien footballeur, "fier que la Coupe du monde puisse être utilisée pour inverser le cours de cette maladie meurtrière".
Forte du soutien de pays africains (Mali, Ouganda, Ethiopie, Ghana) et de leurs fédérations de football respectives, cette association, entre le monde du sport et celui de la santé, n'a pas pour but premier de collecter des fonds mais de sensibiliser les populations. "Le football est une langue universelle. Si un joueur explique à un petit Africain qu'il doit dormir sous une moustiquaire, il sera cent fois mieux entendu que le médecin le plus persuasif", affirme Hervé Verhoosel (RBM), membre du comité exécutif de la campagne.
En Afrique du Sud, des sociétés privées ont déjà proposé leur aide. La chaîne de restauration rapide Nando's, née il y plus de vingt ans dans la banlieue de Johannesbourg, annonce la vente de bracelets dont le bénéfice ira au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Au-delà de ces actions locales, la Coupe du monde 2010 représentera une occasion unique d'encourager les décideurs nationaux et internationaux à se préoccuper plus activement de ce fléau parasitaire. A la mi-temps de chaque match, un spot télévisé de trente secondes devrait notamment rappeler à des dizaines de millions de téléspectateurs que le paludisme n'est pas une fatalité.
L'usage raisonné de moustiquaires, de pulvérisations contre les insectes et de médicaments permet "de protéger une mère et son enfant pendant une période de trois à cinq ans" pour seulement 10 dollars (7,30 euros). Moins que le prix d'un billet pour assister à un match international de football.
Catherine Vincent