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La césarienne, le nouveau business de certains médecins congolais sans scrupule

par Marien Nzikou-Massala

 La césarienne permet de sauver des vies. A Brazzaville, elle donne aussi l'occasion à certains médecins peu scrupuleux de mieux boucler leurs fins de mois au détriment de la santé de leurs patientes et des finances de leurs hôpitaux. Heureusement qu'il y'a encore des médecins qui restent fidèles au serment d'Hippocrate et qui se mobilisent pour proposer aux femmes des soins de qualité et à prix réduit.

Ces derniers temps, la césarienne est très pratiquée dans les grands hôpitaux du Congo. "En ville, on surveille mieux les femmes qu'à la campagne", résume le docteur Guy Armant Yoka de l'hôpital mère-enfant (ex Blanche Gomez) de Brazzaville, à propos du développement de cette incision chirurgicale qui permet d'extraire par l'abdomen le nouveau-né quand son état ou celui de la mère ne permet pas un accouchement par voie basse.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2003, selon la direction générale de la planification familiale du ministère de Santé, il y eut 278 accouchements par césarienne sur 21 819 enregistrés à Brazzaville, soit à peine plus de 1 %. Dans cette même ville, depuis début 2009, à eux seuls, l'hôpital mère-enfant et le Centre hospitalier et universitaire (CHU) pratiquent environ 474 césariennes par... mois. "Lorsqu'on fait une césarienne, il y a deux vies à sauver, celle de la maman et celle de l'enfant", explique Julie, sage femme à l'hôpital mère-enfant.

Certains doutent du caractère toujours indispensable et désintéressé de cette intervention. D'un hôpital à l'autre, son prix varie de 100 000 à 150 000 Fcfa (de 150 à 230 €). Mais les frais ne s'arrêtent d'habitude pas là... A Brazzaville, seul l'hôpital militaire Pierre Mobengo fournit des kits d'urgence aux patients qui payent directement à la caisse 15 000 Fcfa (23 € environ) pour un kit plus 100 000 Fcfa pour la césarienne, soit 115 000 Fcfa toute l'opération. Ailleurs, les médecins leur prescrivent généralement des ordonnances en plus du prix de l'intervention. A eux ensuite de se débrouiller pour faire acheter ces produits dans des pharmacies situées à l'extérieur de l'hôpital ou de verser des dessous de table à des médecins ou des sage femmes qui revendent des médicaments. Un temps précieux est ainsi perdu et certaines femmes meurent ou perdent leur enfant en attendant de recevoir ces traitements.

 

L'hôpital se fout de la charité

"Lorsque nous avons fait l'échographie, les médecins ont constaté que l'enfant n'était pas bien positionné et qu'il fallait faire une césarienne. Arrivé à l'hôpital de Talangaï de Brazzaville, j'ai donné un acompte de 50 000 Fcfa (75 €) pour le lit d'opération et 45 000 Fcfa aux anesthésistes, sans que ceux-ci me précise l'utilisation de cette somme. Les produits pharmaceutiques ne figuraient pas dans les frais demandés J'ai donc dû débourser, en plus, 23 000 Fcfa", souligne un garde malade qui dit n'avoir par ailleurs eu aucun reçu pour la table d'opération, alors que tout paiement à la caisse en nécessite normalement un. En revendant des médicaments, certains médecins complètent ainsi leur salaire. Ce que confirment, sous anonymat, certains personnels hospitaliers.

Ceux qui ne peuvent payer ont parfois droit en prime à une leçon de morale. Quand l'hôpital se fout de la charité... "La grossesse n'est pas une maladie qui arrive brusquement, elle se prépare", aurait par exemple répondu un responsable du CHU à Etienne qui sollicitait l'avancement d'un acompte pour que sa femme subisse une césarienne. "Je ne dis pas que cela n'existe pas, mais de là à parler de fonds de commerce... Si certains médecins agissent ainsi, c'est de la faute de l'Etat qui ne met ni les produits pharmaceutiques, ni les moyens qu'il faut à leur disposition pour bien exercer leur métier", soutient le docteur Guy Armant Yoka.

Coordonnatrice d'Urgence d'Afrique, une ONG congolaise regroupant 42 personnes dont 12 médecins, le docteur Tafaro a elle décidé d'agir à son niveau pour aider les femmes à accoucher à moindre coût. Dans trois localités du département du Pool, Urgence d'Afrique a crée, en 2000, trois groupements de 100 femmes chacun, spécialisés en agriculture et élevage. La vente de leurs produits permettait d'acheter les médicaments du centre hospitalier et de payer les six infirmiers et médecins qui y travaillaient. "Entre 2000 et 2007, nous faisions accoucher environ 150 femmes par an sans qu'elles ne payent quoique ce soit", se souvient le docteur Tafaro. Mais, les miliciens du pasteur Ntumi ont ensuite emporté des porcs et tué d'autres bêtes, principale source de revenus de l'ONG. Le projet s'est donc terminé en 2007.

Depuis août 2009, Urgence d'Afrique a cependant mis en place une mutuelle de santé à Madibu, une bourgade située au sud de Brazzaville, grâce à laquelle 50 adhérentes, futures mamans, se font soigner gratuitement. Cette initiative fonctionne uniquement grâce aux cotisations des membres et les dons de médicaments de partenaires européens. A terme, l'objectif est de permettre à 2 000 femmes, moyennant 6 000 Fcfa (9 €) de cotisation annuelle, de recevoir des soins et des examens appropriés et d'accoucher dans de bonnes conditions. Congopluriel, juin 2010

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